Je suis une « digital native ».


Comme tous les étudiants de mon école, je suis née après 1980. Quand j'étais petite, ma famille a eu la possibilité d'avoir un ordinateur à la maison. En grandissant, j'ai construit un lien fort avec toutes les technologies numériques qui se sont multipliées autour de moi.


Chacun d'entre nous co-évolue avec la société qui l'entoure. Quand une transformation systématique et profonde se produit dans les différents domaines qui régissent notre vie - commerce, interactions sociales, accès à l'information... - cela entraîne une rupture entre ceux qui suivent le mouvement et les autres.


La croissance accélérée de la culture du numérique et de ses techniques, a créé une de ces scissions entre deux générations que Marc Prensky nomme les « digital natives1 » et les « digital immigrants2 ».


Ceux d'entre nous nés autour de 1980, ont vécu l'arrivée des technologies numériques comme un bouleversement. En 20 ans, la plus grande partie des activités humaines a connu une transition vers le numérique.


Cette évolution « nous apporte des perceptions d'un monde inconnu, en rupture totale avec la culture perceptive établie »3.


Cela a fait remonter deux réactions opposées. D'un côté, la technophilie, désignant la séduction et la fascination des Hommes pour ces nouvelles technologies. Elle s'est traduite par une adoption enthousiaste et une immersion recherchée. De l'autre côté, se manifeste une technophobie, définie par la crainte de ce que ces technologies pourraient engendrer. Chacun de nous a pu, au minimum, faire l'expérience d'une méfiance, d'un scepticisme inquiet, face à certaines nouveautés technologique.


Le numérique entraîne une plus grande rapidité des transferts de données et face à cette accélération, excitation et peur de la perte de contrôle co-existent. C'est ce que le succès de la série Black Mirror de Charlie Brooker exploite. Chacun des épisodes présente une réalité dystopique, dans un futur proche, née d'erreurs que nous pourrions ou aurions pu commettre. Une de ces erreurs pourrait être de concevoir des intelligences artificielles qui se retournent contre nous comme dans I robot, Mondwest ou Ghost in the shell. Ou bien nous pourrions perdre de vue la réalité et franchir la limite floue qui nous sépare des mondes virtuels comme dans eXistenZ, Matrix ou Surrogates. Peut-être que finalement, l'erreur serait d'avoir réussi à poursuivre les rêves des technophiles assez loin pour qu'ils tournent en dystopie.

Dan Piraro.
I robot
I, robot - Alex Proyas.
Surrogates
Surrogates - Jonathan Mostow.

Ne cédons donc ni à la panique, ni à la séduction du numérique. Notre société a vécu et continue de vivre sa transition numérique sans déclencher d'apocalypse. En revanche l'ère numérique, en remplaçant le système mécanique en quelques décennies seulement, a provoqué une restructuration. De la même manière que la mécanisation a conduit au remplacement d'un certain nombre d'efforts corporels et d'opérations manuelles, la numérisation traite l'information de manière massive et automatique, ce qui lui permet de remplacer des efforts intellectuels et cognitifs.


À leur création, les ordinateurs étaient des machines à calculer qui sont devenues de plus en plus performantes. En 1980, le développement d'interfaces graphiques a rendu ces machines « conviviales » pour le grand public. Désormais, une grande partie de la population possède un ou plusieurs terminaux qui permettent de se connecter à Internet. Dans la multitude de propositions que recèle le Web, une économie de l'attention s'est mise en place. Tous les moyens sont bons pour attirer l'attention de l'utilisateur, vidéos qui se déclenchent automatiquement, notifications, informations personnalisées... Les sites les plus connus et visité travaillent dans ce sens. Les GAFA4, ou Géant du Web, utilisent tous des algorithmes et cherchent à les rendre plus « intelligents », plus « efficace ». Le but de ses algorithmes est de nous faire parvenir des propositions alléchantes et par la même occasion créer chez nous un intérêt pour des produits ou des services. Une anticipation des besoins qui court-circuite notre réflexion et permet de diriger les consommateurs.


Les systèmes algorithmiques permettent de « dispenser les acteurs humains de toute une série d'opérations mentales (représentations des faits, interprétation, évaluation, justification, etc..) qui font partie du jugement rationnel, au profit d'une gestion systématique de manière à susciter des pulsions d'achats. »5


Nous sommes entrés dans l'ère de l'Assistance par Ordinateur : CAO, PAO... L'échange d'informations par le biais de serveurs et d'ordinateurs est devenu incontournable pour le commerce, la recherche et dans nos interactions. Reste à ne pas oublier que même si le numérique est omniprésent, au travail comme dans la vie personnelle, son utilisation peut être restreinte ou auto-contrôlée. Nous ne sommes pas inévitablement destinés à devenir des consommateurs épileptiques ou amorphes. Parmi la génération des « digital natives » il existe une minorité de personnes ayant fait le choix assumé d'une déconnexion quasi-totale d'Internet, par exemple. D'autres encore utilisent leur portable uniquement pour les appels et sms et sont loin de se soucier d'acheter le dernier smartphone à la mode. Conservons nos doutes et notre curiosité pour les nouvelles technologies car alternés, ils pourraient bien être nos meilleures armes pour s'adapter aux métamorphoses de notre monde.

Whisper prototype - Zachary Kaiser and Gabi Schaffzin.
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